
Mon travail naît d'un désir profond : offrir du réconfort. Non pas un réconfort décoratif, mais une forme d'apaisement intime. Celui que l'on ressent parfois devant une œuvre ancienne, un vieux papier, une photographie jaunie, une gravure oubliée, ou un objet trouvé chez un brocanteur. Ces choses silencieuses semblentavoir traversé le temps et nous ramènent quelque part, sans que l'on sache toujours pourquoi. Je cherche à retrouver cette sensation. Dans mes photographies, mes papiers, mes impressions, mes cadres, mes archives imaginaires, il y a la volonté de créer des œuvres qui semblent déja appartenir a une mémoire. Des images nouvelles, mais porteuses d'un temps ancien. Elles ne cherchent pas seulement à représenter un lieu ou un visage, mais à réveiller une émotion. Nous gardons tous en nous le souvenir de certains murs. Ceux de nos parents, de nos grands-parents, parfois de nos arrière-grands-parents. Des murs où cohabitaient des photographies, des paysages encadrés, des gravures, des cartes postales, des souvenirs de voyage, des objets dont on ne connaissait plus toujours l'origine, mais qui semblaient faire partie de la maison. C'est cette mémoire affective que je cherche à toucher. Une œuvre peut faire remonter un rire, une peine, une absence, une douceur, parfois des larmes. Elle peut nous ramener vers une pièce oubliée, une odeur, un couloir, une maison disparue, un visage lointain. Mon esthétique vient de la : des musées, des archives, des brocantes, des vieux livres, des papiers imprimés, des objets transmis ou retrouvés. Jaime les matières qui portent une trace, les noirs profonds, les papiers imparfaits, les accidents d'impression, les cadres qui semblent avoir deja vécu. Je ne cherche pas seulement à montrer des photographies. Je cherche à fabriquer des présences. Des images comme des refuges. Des œuvres qui consolent sans expliquer, et rappellent que la beauté peut encore nous tenir compagnie. L'exposition part d'une idée simple : transformer mes photographies en traces. Non plus seulement montrer des paysages ou des visages, mais leur donner une autre vie. Les faire entrer dans le monde des papiers conservés, des images imprimées, des objets que l'on garde sans toujours savoir pourquoi. Chaque pièce commence par une photographie. Puis l'image change de statut. Elle devient une carte postale qui n'a jamais été envoyée, un timbre qui n'a jamais circulé, une affiche d'agence qui n'a jamais existé, une planche d'archive sortie d'un fonds imaginaire. Ce déplacement m'intéresse. Il permet à la photographie de quitter le seul domaine du souvenir personnel pour rejoindre une mémoire plus vaste. Quelque chose que chacun peut reconnaître. Un papier ancien. Une typographie familière. Une couleur passée. Une impression légèrement abîmée. Une forme déjà vue sur les murs d'une maison, dans un musée, chez un brocanteur, au fond d'un tiroir. Les lieux photographiés existent. L'Oregon, le Texas, le Montana, la Corse, le Cap Ferret, le Wyoming, la Grèce et d'autres territoires appartiennent au réel. Mais les documents que j'en tire sont inventés. Ils fabriquent une histoire parallèle. Une histoire possible. Je ne cherche pas à tromper. Je cherche plutôt à créer ce trouble particulier que provoquent certains objets anciens. On ne sait pas toujours d'où ils viennent, ni à qui ils ont appartenu, mais on sent qu'ils portent quelque chose. Une présence. Une attente. Une mémoire. «Correspondances» est une exposition sur ce passage entre le réel et ce qu'il devient en nous. Le voyage n'y est pas seulement une destination. Il devient une matière. Une trace imprimée. Un fragment que l'on aurait pu recevoir, collectionner, oublier puis retrouver. Ces œuvres parlent de ce qui reste après le départ. Non pas le récit exact d'un voyage, mais sa résonance. Une lumière. Un nom. Un papier. Une sensation. Des archives imaginaires, mais des émotions réelles.





