
Se repérer ne consiste pas seulement à savoir où l’on est, c’est aussi être capable de distinguer les êtres, les lieux, les événements et les temporalités qui composent notre expérience du monde. Cette faculté repose sur la distance entre les choses : distance physique, temporelle, sensible, au cœur de nos perceptions.
Aujourd’hui, la distance est mise à l’épreuve. Les espaces physique et numérique coexistent désormais dans une même expérience du présent. Les informations, les images, les relations et les événements se succèdent ou se superposent sans hiérarchie apparente. Ce qui est proche peut être lointain ; ce qui est lointain peut surgir dans notre intimité. Notre présence se déploie simultanément dans plusieurs espaces, plusieurs temporalités, plusieurs réalités.
Les œuvres réunies dans cette exposition interrogent cette transformation de notre manière d’habiter le monde. Sculptures, peintures et photographies explorent les incidences de cette coexistence des espaces sur notre perception et sur notre manière de nous situer. Le corps humain en constitue le fil conducteur. Il demeure notre premier instrument de mesure, notre point d’ancrage, celui à partir duquel nous faisons l’expérience des distances, des échelles et des relations.
À travers des séries d’œuvres qui dialoguent entre elles, l’exposition propose une recherche à la fois plastique et anthropologique. Elle ne cherche pas à opposer le monde physique au monde numérique, mais à observer la manière dont leur interaction redéfinit nos modes de présence, d’attention et d’orientation. Les œuvres donnent à voir des corps traversés par ces tensions, inscrits dans des espaces où les repères deviennent mouvants, où le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, le visible et l’invisible se répondent.
Se repérer invite ainsi à considérer la distance non comme une séparation, mais comme une condition essentielle de notre relation au monde. À l’heure où la simultanéité tend à effacer les écarts, ces œuvres rappellent que c’est peut-être dans l’intervalle entre deux lieux, deux instants, deux présences que se construit encore notre capacité à habiter le réel.

